01 février 2010
De si... en mais... (Lilou)
Il n’arrivait pas à se décider ..
Tous les chemins se ressemblaient
Dans la forêt de ses idées.
Ils étaient longs et étriqués
Tout juste bons à l’intriguer.
Chaque fois il recommençait
Et le voyage s’arrêtait
A la lisière de la forêt
Qu’il avait lui-même inventée.
Tout comme cette prison dorée
De laquelle il observait
Si le monde vraiment ressemblait
A la dérive de ses idées.
Où désormais il voyageait
De si.. en mais..
31 janvier 2010
Consigne n°12 du 1er Février 2010
Pour cette consigne, nous vous donnons l'incipit suivant
"Il (elle) n'arrivait pas à se décider"
Bonne écriture à tou(te)s !
Photographie de David Hockney

15 janvier 2010
L’énigme (Brie)
Jérôme se leva ce matin là, après une nuit tumultueuse emplie de cauchemars dont, bien sûr, seuls quelques séquences lui revenaient en mémoire maintenant. Il ressentait comme un malaise qui, de cela il en était sûr, avait un rapport quelconque avec son nouvel élève. Mais pourquoi ? il avait beau se retourner la question maintes et maintes fois dans la tête, il n’arrivait pas à comprendre.
Celai faisait une semaine que ce jeune homme s’était inscrit à ses cours de natation. Mais au delà de ce fait banal, il avait senti chez ce jeune homme autre chose, - quelquechose le tourturait intérieurement. Qui avait sûrement rapport avec l’eau, il en était sûr comme 2 et 2 font 4. Il sentait en lui comme une volonté farouche d’être le meilleur, comme si en quelques leçons il deviendrait un champion en la matière.
Mais, plus important que cette intuition, il sentait que cela était vital à sa vie.
D’ailleurs, il n’avait vu chez personne une telle attention à l’écoute et une si grande passion à l’ouvrage. Il appliquait consciensieusement les conseils prodigués, faisait des longueurs et des longueurs sans discontinuer, presque sans pause pour reprendre son souffle – et même l’heure de cours terminé, il fallait lui ordonner plusieurs fois de sortir de l’eau afin de laisser la place aux élèves suivants.
Le matin précédent, alors qu’il arrivait pour prendre son service, il eut la surprise de le trouver là, en train de nager tout seul dans le silence qui régnait alors, lourd de l’atmosphère humide qui écrasait la salle. Cette fois ci, c’était trop. Il fallait qu’ils se parlent.. Il le laissa sortir de l’eau, lui prit presque tendrement le bras et le fit asseoir à côté de lui. Il tenta d’amorcer une conversation d’un ton amical, comme un père qui s’inquiète de l’attitude de son fils Mais le jeune homme se releva d’un coup, comme s’il venait d’être piqué par un insecte.
et se posta devant lui, la tête baissée, les bras croisés dans le dos, comme un gosse qu’on va punir.
Et malgré les questions, il restait farouche, emmuré dans son silence..
Las, il le laissa partir en l’exhortant à ne plus recommencer son exploit de la nuit.
Son attitude était vraiment étrange et c’est depuis ce moment que Jérôme ressentait comme un malaise, dont il était bien incapable de comprendre la raison.
Il se leva, fit ses activités habituelles du petit matin et partit à son travail, décidé à en savoir plus. Tout au long du chemin il réfléchissait au meilleur moyen de le mettre en confiance et se dit que le mieux serait d’improviser sur place….mais il attendit en vain car il ne se présenta pas à l’heure qui lui était impartie.
Là, son malaise se transforma en un véritable mauvais pressentiment. Puis il se rappela qu’à un moment, il lui avait parlé de sa maison, de campagne, avec piscine. Il n’arrivait pas à se souvenir s’il lui avait donné le nom de la ville, mais après tout, le jeune homme avait eu l’air tellement intéressé, que c’était bien probable.
Jérôme , maintenant vraiment très mal à l’aise se dit qu’il irait après son travail.
Mais, il ne cessait d’y penser et ne faisait même plus attention aux efforts de ses élèves.
Quand faut y aller, faut y aller ! se dit-il. Il annula ses derniers cours pour la fin de la journée, se changea rapidement, courut à sa voiture et partit en trombe vers sa campagne. Il voulait en avoir le cœur net.
A peine arrivé, il aperçut le vieux solex de son élève posé à même le sol sur les graviers de l’allée. Il se gara, sortit de la voiture et se dirigea directement vers la piscine ……..
09 janvier 2010
Le coeur du silence (Joëlle)
Deux jeunes hommes, très jeunes, ils sont conducteurs de bus, tous les deux; « Urban Sax » c'est le nom de la compagnie pour laquelle ils travaillent. Ils aiment leur métier, la mécanique, la ville, les gens, tous ces gens, les voitures, tout ce monde, ce fourmillement, ces embouteillages, cette vie pleine de bruit, de cris, de fureur ; cette vie pleine, à vingt ans. Ils aiment leur ville, ils aiment travailler mais ce qu'ils aiment par dessus tout c'est se rencontrer. Ils sortent avec les copains, ils vont dans des lieux où l'on écoute jusqu'au matin de la musique, très fort. Ils trouvent toujours le moyen de s'isoler pour parler, parler, ils n'arrêteraient jamais. Les amis se moquent d'eux mais ils s'en foutent, ils puisent dans leurs échanges un bonheur qu'ils sont incapables d'expliquer, c'est ainsi. Et puis ils lisent ces jeunes hommes, si jeunes, on dirait des ados; ils lisent de tout mais, depuis quelques temps ils se posent des questions bien spéciales, ça finit par tourner en rond tout ça. Pendant la journée, au volant de leur bus, ils sont parfois comme absents, une question les taraude, dont on ne connait pas la nature. Mais qu'est ce qui peut les capter ainsi, les ravir au reste du monde ? « Je sais où on doit aller » dit l'un d'eux, « je n'y suis jamais allé, mais on va y aller, il faut qu'on sache ». Les voilà tous les deux, ils quittent la ville, marchent sur la route, ils ne parlent plus, ils marchent, ils traversent une ville, la campagne, encore une ville, ils vont à pied plus loin qu'ils n'étaient jamais allés auparavant. La proximité, le but les rend concentrés, sérieux, trop pourrait-on dire. Ce qui les avait décidé à partir c'est une conversation qu'ils ont eu la veille. Une conversation qui eut pu paraître sans intérêt pour leurs amis, mais entre eux ce n'était pas pareil. Ils s'étaient posés des tas de questions sur la nature, qu'est ce que la nature? qu'est ce qui peut la définir? Et puis l'un d'eux dit « la nature c'est toi , le plus profond de toi, ta vérité et je sais où on trouve la vérité ». L'autre intrigué lui avait demandé quel était ce lieu, cette chose où il pourrait la découvrir. Et l'ami avait poursuivi: « la profonde vérité , celle de la nature, qui est aussi la tienne, la mienne, on la trouve au coeur du plus grand silence, et le plus grand silence c'est sous l'eau qu'on va le rencontrer ». Tout à coup ils se rendirent compte qu'ils avaient vécu jusque là dans le bruit éternel des citadins et s'ils en étaient venus à évoquer le silence, ils ne savaient pas ce que c'était, ils furent pris d'un incroyable désir de le connaître. C 'est là qu'était venue l'idée de cette maison avec cette piscine, une adresse fortuite, conservée par hasard. Non! peut être pas par hasard, car c'est la nécessité qui les a poussés sur cette route. Les voilà tous les deux, au bord de cette piscine. Le premier, léger, s'est délesté de ses vêtements et a plongé en lançant un discret « Quand faut y aller, faut y aller », il allait donc connaître la nature de la nature, le silence et sa propre vérité; Le second frissonnait à cette idée, il savait que quelque chose allait se passer, décisif, inquiétant, inouï. Il regardait son ami qui semblait prendre plaisir à goûter ce silence, avait il rencontré sa vérité? Il prit alors son temps pour ôter ses vêtements, puis à son tour il pénétra lentement dans l'eau qui allait lui révéler.....
02 janvier 2010
Et les arbres paisibles, nous regardent passer (Lilou)
Me faudra t il plonger
Tout habillée
Dans l’eau glacée
De cette Nouvelle Année.
Et cet autre que je vois
Avancer vers moi
Sait il au moins nager
Où est il en train de se noyer.
Quand faut y aller, faut y aller
Ai je le choix
De faire un pas
Ou de rester là.
L’eau est si claire parfois
Qu’elle me renvoie
Toutes les images de moi
Immobile et bougeant à la fois.
Quand le temps qui m’enlace
Me prend dans sa nasse
Et m’emmène avec lui
Jusqu’au bout de ma nuit.
Et les arbres paisibles
Nous regardent passer.
01 janvier 2010
Consigne n° 11 du 1er Janvier 2010
Pour cette consigne, une œuvre de David Hockney, peintre et photographe anglais,
figure du mouvement Pop Art des années 1960.
Phrase à incorporer dans le corps de votre texte :
« Quand faut y aller, faut y aller ! »
Bonne écriture à toutes et à tous !!
30 décembre 2009
Du pur délice de vivre (Joëlle)
Il ouvrit le grand livre, c'est ainsi qu'il appelait ce cahier aux dimensions peu communes qu'il avait ramené d'un de ses nombreux voyages. En l'ouvrant ce jour là, il pensa une nouvelle fois à son désir de l'acquérir aussitôt qu'il l'eût remarqué dans une boutique obscure d'Istanbul. C e cahier est carré, de 25cm sur 25cm et sa couverture carton est recouverte de tissu bleu, bleu nuit, couleur de l'immensité constellée d'argent, bleu comme l'univers, comme l'éternité. Il aimait ce cahier, comme il aima sa vie, comme il aime sa vie aujourd'hui , à cette heure où muni de son stylo préféré, un Waterman à la plume d'or soucieuse des pleins et des déliés, il pose sa main sur la page 96. Quatre vingt seize pages comme les cahiers de 100 pages dont quatre sont celles de la couverture. Ce jour là, comme souvent, il pensa à son premier cahier de 96 pages, après ceux de 50 pages, après ceux de 32 pages où il avait commencé à former ses lettres puis à les tracer avec une parfaite volupté. Toute sa vie il a écrit. Quand il commença ce cahier, il savait qu'il s'agissait du dernier; son livre, son grand livre, celui qui devait recevoir les instants de sa vie sur quatre vingt seize pages, le livre comme un compte à rebours. « Fais avant que de la perdre à jamais, un retour sur ta mémoire » Il avait mis en exergue cette Phrase de Maurice Roche que l'auteur glissait dans chacun de ses livres, que ce soit « Commencer finir » ou « Qui n'a pas vu Dieu n'a rien vu », « Macabré » et les autres. Chaque page un jour, chaque jour une page, 96 pages, il avait su dès la première que c'était, ô suprême bonheur, ce que lui accordait encore, sa maladie. Il avait chaque jour consigné les instants de terreur blanche, de douleur d'os qui craquent, de souffrance circulant dans ses rivières souterraines, qui avaient autrefois charrié tant de joies, de plaisirs. Le plaisir toutefois, n'était pas absent , il se manifestait en gerbes de soulagement heureux après les avalanches, les explosions de maux puissants. Dans ces instants d'existence étale il ressentait comme jamais la sensation d'être sur terre. Il éprouvait la puissance de son remerciement à la vie. L 'approche de la page 96 lui procurait une sérénité inouïe. Bientôt il plongerait dans la couverture bleu nuit du livre de sa vie enfin refermé, bientôt il plongerait dans la nuit de son éternité constellée, à la fin, au début.. Il fit un inventaire méticuleux : il inscrivit le nom de ceux qu'il aima, de ceux qu'il aime en partant, qu'il part en aimant, puis le nom des choses qu'il aima, matérielles, immatérielles, jusqu'à la dernière ligne, la dernière seconde. Il revit alors cet instant relaté à la page 55: Il est dans une maison, au Sud, il vient de vivre un de ses moments d'abattement, de douleur, il venait de dépasser la fatigue. Il sort sur la terrasse, au soleil, sur la table une pomme entamée, abandonnée, une abeille tourne obstinément autour d'elle, la butine, se remet à bourdonner dans l'air vibrant de cette après midi. Le soir, pour évoquer ce moment il avait écrit: « ce soleil; cette pomme, cette abeille; du pur délice de vivre ». Note: L'instant de la page 55 est une image que j'avais trouvé si belle, si émouvante dans la vidéo qu'a réalisée l'écrivain Hervé Guibert peu de temps avant de mourir.
06 décembre 2009
Un livre captivant (Walrus)
Il ouvrit le grand livre après bien des hésitations.
C'est qu'il l'avait découvert voici plusieurs jours déjà dans ce pavillon délabré, au fin fond de la forêt. Il y était venu chaque jour depuis, mais il avait à chaque fois renoncé à l'ouvrir, car lorsqu'il tendait la main vers le bord de la couverture, il était pris d'une sorte de vertige, d'un malaise diffus.
Ce qui le troublait le plus, c'étaient les dimensions peu communes de l'ouvrage. Il n'en avait jamais vu de cette taille, il était vraiment très très grand.
Lorsqu'il se décida enfin, surmontant cette angoisse sourde qui le tenaillait, il fut surpris par le poids de la couverture et faillit la laisser retomber. Mais il fit un effort supplémentaire et le livre s'ouvrit.
Quel contraste entre la couverture, sombre et poussiéreuse, et l'éclat de la première page !
Celle-ci consistait en une sorte d'enluminure aux tons éclatants. La profondeur des couleurs était intense et donnait du relief à l'image. Il lui semblait même qu'en fixant un endroit précis, celui-ci paraissait grandir pour révéler plus de détails encore, comme quand vous plongez, interdit, dans l'univers de Mandelbrot.
La scène représentait une forêt, une forêt qui lui parut tout-à-coup familière : ce sentier qui s'enfonçait sous les arbres, ce pavillon au loin, sous les branches...
Il se pencha pour mieux voir. La lumière ne s'était-elle pas assombrie ?
Et cette porte ouverte... il se rapprocha encore de l'image. Ne distinguait-il pas dans la pénombre de la pièce... ?
Oui... un livre ! Un très grand livre, sombre et poussiéreux !
Il avait le nez presque sur la page, maintenant.
Soudain, il bascula et tomba, tomba, comme dans un rêve, et se retrouva dans une pièce sombre, face à un livre.
Alors, il tendit une main tremblante vers la couverture et la souleva, à grand peine.
Une image apparut, si attirante : une forêt !
Il se pencha...
05 décembre 2009
" Il ouvrit le grand livre..." (Helma)
"Le grand livre de sa vie à elle. Qui au fond n'était qu'un petit journal, du type Moleskine. Gribouillé avec vigueur, ce n'était pas le premier à faire les frais de sa propriétaire. Comprenez qu'à 16 ans, on en a des choses à raconter, des choses à détester. Ah ça détester, elle savait le faire la jeune Aliénore.
Elle détestait sa famille, son lycée, sa vie en général. Qui ne le ressentait pas à son âge ? Ah 16 ans, l'âge ingrat. On est supposé vivre ces plus belles années. Tu parles. L'acné, les hormones, l'apprentissage de la vie sociale. Quelle plaie.
Aliénore détestait tout cela et bien qu'elle fut épargné par la première plaie, elle ne pouvait s'empêcher de griffonner. Dans son lit, sur sa chaise, au lieu de faire ses devoirs. Mais pourtant, jamais elle ne l'avait sorti. Trop peur qu'une mauvaise main tombe dessus. Elle l'avait déjà changé 4 fois de place, ainsi que ces grands frères, de peur que sa matriarche ne s'en approche.
Et puis, elle ne voulait pas qu'Elle sache ces choses si personnelles qui faisaient sa vie. Le garçon sur qui elle avait des vues, celui avec qui elle sortait. Toutes ces choses qu'une maman ne doit ni savoir, ni même deviner. Car après tout, Aliénore ne voulait pas que sa génitrice interfère dans sa vie de jeune adulte. Des conneries ? Elle en a faite du haut de ses 16 ans et en fera encore beaucoup. Son « grand livre » de sa vie en est plein. Des conneries pour elle, des absurdités pour d'autres.
Le seul jour où Aliénore décida d'emporter avec elle un petit bout de son âme, fut le jour où ce « grand livre » tomba dans mes mains. Et même si je ne fais qu'apprendre à la connaître à travers ces pages pleines d'encre, j'ai déjà le sentiment de la connaître depuis déjà longtemps.
Demain, je la croiserai, je la bousculerai, elle me jetera un regard noir, un de ses regards qui me montrent qu'au fond elle est aussi paumée que moi, et je lui remettrai dans son sac, sans qu'elle s'en aperçoive, son précieux livre, en ayant pris le soin d'y aposer mes initiales.
Le remarquera-t-elle ? Me remarquera-t-elle ?"
En lui (Lilou)
Il ouvrit le grand livre.
Celui où tout est écrit
sans mots
Où tout est dit ,
sans paroles
Où tout se voit,
sans images
où tout s'entend ,
sans bruit.
Et il comprit soudain
en une vibration
le souffle de la vie.
Il y avait là la saveur de tous les mots,les regards et les chants
de chaque coeur d'enfant réunis dans l'instant.
Il y avait les nuages, le soleil, le vent et l'eau,
les montagnes, les plaines, les sources, les ruisseaux.
Les villes ,les villages et le moindre hameau,
les terres,les mers et tous leurs animaux.
Tout cela contenu dans le moindre morceau
de la page invisible qu'il tenait devant lui
à la lueur fragile d'une simple bougie .
Dans le silence profond qui réunit tout en Lui.



